Vous commencez à avoir l’habitude de me voir tomber de ma chaise durant un #Tru. Cette fois ci le lieu du crime était #TruNantes et la phrase du crime :

« De toutes façons, notre but à nous en tant que recruteurs c’est d’avoir plus de CV »

Non, non et non ! Cette vision est très étriquée.

Enfant qui boude

En disant cela, on est en train de confondre un moyen et le but, l’amont et l’aval, une cause et la conséquence. Le but d’un recruteur est de recruter, tout simplement. Et pour recruter, il ne faut pas plus de CV, il en faut un seul. Puisqu’au final, à l’issue du recrutement, un seul CV, un seul candidat sera retenu.

Le but du recruteur est donc d’avoir un seul et unique CV : le bon. Et il est vrai qu’une des manières d’obtenir le bon CV est d’en recevoir plein, puis de les trier. Mais il existe d’autres démarches. Par exemple, le sourcing va la plupart du temps se concevoir de manière complètement opposée : on va chercher soi-même les profils qui sont bons, de manière active.

Pourquoi faisons-nous cette erreur ?

La tentation est grande d’assimiler la quantité de CV à la probabilité de trouver le bon. Après tout, c’est le chiffre le plus facile à obtenir. C’est aussi souvent le seul chiffre que le manager ou l’opérationnel demandera, le seul indicateur de performance à disposition. Surtout quand on se contente de poster des annonces et de prier.

Petite fille qui prie

En effet, si votre unique canal de recrutement se résume à poster une annonce puis à attendre, ce chiffre risque effectivement d’être crucial. Surtout que vous courez toujours le risque que personne ne postule.

D’autre part, comme souvent, la dimension d’habitude est fondamentale. Une fois que vous avez assimilé que le but du recruteur est d’avoir le plus de CV possible, c’est une idée qui a tendance à empêcher toute remise en question. On se lance dans une course effrénée aux CV qui donne une illusion de contrôle et qui permet de se dire que l’on est occupé.

Pourquoi est-ce une erreur ?

Revenons au coeur du métier de recruteur. Le but d’un recruteur est-il de chercher ou de trouver ? Assurément de trouver. Certes, pour trouver il faut chercher (et encore que…pas toujours) mais chercher ne peut en aucun cas être l’objectif. L’erreur ici serait de confondre cause nécessaire et suffisante.

Crayon qui gomme

En effet, il suffit de chercher davantage pour trouver. En revanche, cela ne veut pas du tout dire qu’il soit nécessaire de chercher davantage pour trouver ! On peut aussi mieux chercher par exemple, à volume égal. On peut même moins chercher et trouver !

Pour comprendre le paradoxe apparent il suffit de se rappeler que le but est de trouver et non pas de chercher et surtout que ce n’est pas équivalent. Par exemple, au football, le but est de marquer. Non pas de tirer. Vous pouvez tirer 100 fois sans jamais marquer le moindre but. Inversement, vous pouvez remporter un match en ayant tiré seulement une et unique fois, quand votre adversaire a tiré 10 fois sans jamais concrétiser.

Marquer un but

Se dire que le but d’un recrutement est d’avoir plus de CV c’est comme se dire que le but d’une partie de football est de tirer. Effectivement, en tirant davantage on augmente ses chances d’inscrire un but. Mais ce n’est pas la seule manière d’améliorer ses chances. On peut aussi, mieux tirer, avec plus d’application et de précision. Ce n’est donc pas qu’une question de nuance de mot.

Si on ne fait plus la course aux CV, que fait-on ?

Vous m’avez vu venir : c’est une course à l’efficacité qui doit remplacer la course aux CV. On s’inscrit ici dans une philosophie « lean », c’est-à-dire une recherche de l’efficacité en améliorant le rendement plutôt qu’en augmentant les volumes. Il s’agit donc de travailler à la sortie de l’entonnoir plutôt qu’à son entrée.

Certes il vous faut des CV en entrée mais votre démarche de recrutement doit être entièrement dirigée vers la sortie. Le premier indicateur de performance c’est « a-t-on oui ou non recruté un candidat et en combien de temps ? » et non plus « combien de CV a-t-on reçu ? ». Si vous mesurez les mauvaises choses, vous risquez d’avoir les mauvais résultats. Voire même de créer des effets secondaires nocifs.

Par exemple, plus vous avez de CV et plus l’expérience candidat se dégrade. Aucun humain ne peut traiter seul avec humanité une centaine de CV reçus le même jour.

Submerge de papiers

Alors on fait comme on peut, on envoie des réponses standardisées ou pas de réponses du tout. Et c’est tout à fait normal : nous avons tous une limite dans le volume de ce que nous pouvons décemment traiter. C’est ainsi que faire la course au nombre de CV reçus participe directement à la dégradation de l’expérience candidat.

Car, plus vous avez de CV à traiter et moins vous pouvez investir de temps dans chaque relation. De manière évidente, si vous recevez 200 CV pour un même recrutement vous pourrez difficilement prendre votre téléphone pour appeler les 200 un par un.

De même, plus vous avez de CV non qualifiés et plus vous diluez votre temps. Au football on appellerait ça des tirs non cadrés. Le problème c’est que votre temps est, par définition, strictement limité. Vous avez tout au plus 24 heures par jour, quoi qu’il arrive. Et plus vous avez de CV non qualifiés, moins vous passerez de temps sur les CV qualifiés. Ce qui signifie qu’avant de vouloir augmenter le nombre de CV reçus, il faut chercher à améliorer le ratio CV qualifiés / nombre total.

Vous l’avez compris : c’est un entonnoir. En entrée vous avez le nombre de CV reçus. En sortie vous avez le CV que vous allez retenir. Entre les deux vous avez le nombre de CV qualifiés et le nombre de CV admissibles à un entretien. À vous de jouer pour optimiser cet entonnoir. Augmenter le nombre total de CV est une stratégie parmi les autres mais ne doit pas occulter les stratégies qui consistent à limiter le gaspillage.

Quel scénario préfère-t-on ?

Scénario 1 : 100 CV reçus, dont 90 hors-sujet, 10 qu’on pré-qualifie au téléphone, 5 qu’on reçoit en entretien et 1 qu’on embauche

Scénario 2:  10 CV reçus, dont 4 hors sujets, 6 qu’on pré-qualifie, 3 qu’on reçoit en entretien et 1 qu’on embauche

 Conclusion

« Il ne faut pas se tromper de combat pour ne pas se tromper de victoire ».

Si l’efficacité peut passer par davantage de CV ce n’est pas toujours le cas. Au-delà d’un certain nombre de CV, en rajouter est totalement contre-productif. Il devient alors crucial de se concentrer sur les autres volumes. Avant de penser à tirer plus souvent aux buts, demandez-vous si vous cadrez suffisamment vos frappes et si vous concrétisez suffisamment vos frappes cadrées. C’est d’ailleurs cette démarche qui est au coeur de la démarche de sourcing, de véritable chasse de tête.

 

 

Crédits Shutterstock : Enfant en colère,  Petite fille qui prie, Crayon gomme, Marquer un but, Submergé de papier, Businessman qui fait stop